Dialoguant avec Nostradamus


– Monsieur de Nostradamus, voilà donc 500 ans que vous êtes venu au monde et vous voyez qu'on ne vous a pas oublié.

– Certes, la ville de Salon de Provence résonne de mon souvenir et de partout on accourt pour célébrer mon œuvre ou plutôt ce qu'on m'attribue.

– Parce que vous n'êtes pas d'accord avec certains textes parus sous votre nom.?

– Ah ça non! On m'attribue des choses qui ne sont pas de moi et par ailleurs on a égaré bien des textes que j'avais publiés!

– Comme quoi?

– Prenez le cas de la Préface que j'ai rédigée à l'intention de mon fils César. Eh bien je la retrouve en tête de Centuries dont je n'ai pas écrit le premier mot alors que le texte que la dite Préface introduisait, a purement et simplement disparu.

– C'était quoi ce texte?

– Des prophéties perpétuelles permettant de connaître les événements tant passés que futurs et pour aussi loin que l'on voudra.

– Parce que vous n'avez pas composé de quatrains?

– Mais si, j'en ai composé mais pas ceux là qui ne sont même pas datés.

– Vous voulez parler des quatrains qui figuraient chaque année dans vos almanachs et qu'on appelle volontiers Présages?

– Absolument!

– Mais enfin, on a bien conservé des éditions des Centuries datées de 1555 et de 1557!

– Ce sont des faux, des faux et encore des faux!

– En tout cas, vous ne contesterez quand même pas qu'on ait pu publier à votre mort des textes restés inédits!

– A ma mort, on a publié une Histoire de ma vie et on y a annoncé que j'avais laissé des recueils de prédictions, ce qui a encouragé des escrocs à publier les choses les plus diverses sous mon nom!

– C'était en partie vrai...

– Oui, il y avait ma correspondance astrologique avec certains clients et puis il y avait les manuscrits de mes publications annuelles parfois sensiblement différents de ce qui fut imprimé.

– Mais pas de Centuries?

– Nenni point! A quoi bon faire cent quatrains à la suite?

– Pourtant, dans votre Signification de l'Eclipse de 1559, vous évoquez votre "seconde centurie" !

– Mais le texte en question est un faux et la vraie édition a disparu comme de bien entendu.

– Ne me dites pas également que l'Epître à Henri II n'est pas de vous!

– Celle que l'on peut lire en tête des Centuries VIII à X n'est pas la bonne!

– Vous voulez dire qu'il y en a eu une autre?

– Mais oui, et celle là on l'a conservée, on la trouve en tête des Présages Merveilleux pour 1557.

– Mais l'Epître à Henri II, telle qu'on la trouve dans les éditions des Centuries, date de 1558!

– Mon Epître date de janvier 1556, c'est à dire à l'époque, 1557.

– Mais pourquoi a-t-on daté la nouvelle mouture, de 1558?

– Allez savoir! Ce qui est clair, c'est que l'on m'y fait annoncer un millier de quatrains qui ne sont pas de mon crû.

– Si je comprends bien, les Centuries sont suspectes mais non les Almanachs...

– Ne croyez pas cela, on a aussi fabriqué de faux almanachs et de fausses prognostications mais qui sont parus bien après ma mort.

– Justement dans une édition de la Prognostication pour 1562, vous citez le quatrain d'une Centurie…

– Encore un faux, on a remplacé dans mon épître à Jean de Vauzelles une de mes prédictions par ce quatrain des Centuries.

– Et ce quatrain dans lequel vous annoncez la mort d'Henri II et dont tout le monde parla à l'époque, en 1559?

– C'est la même chose, ce quatrain dont vous me parlez n'est pas de ma plume, c'est un quatrain des Centuries, et il a paru après ma mort, survenue, je vous le rappelle, en 1566.

– Vous voulez dire que non seulement il est faux mais il est antidaté!

– Mais c'est çà le problème: que l'on publie après ma mort des textes dont j'aurais été soi disant l'auteur, passe encore mais qu'on fasse croire que je les ai utilisés de mon vivant, c'est un peu trop!

– Mais je ne comprends pas: ceux qui disaient qu'on avait retrouvé des manuscrits dans votre bibliothèque, à votre mort, n'avaient aucun intérêt à soutenir que vous les aviez publiés vous–même!

– Oui, apparemment, ces gens là ne s'entendent pas entre eux!

– Ils font de la surenchère, de fil en aiguille, il faudrait que ces textes vous les ayez publiés en 1555, soit plus de dix ans avant votre décès!

– Et après, on lit dans les biographies qui me sont consacrées : Nostradamus a publié tant de Centuries, en telle année, tant de Centuries en telle autre.

– Mais avouez que ces quatrains, c'est bien imité...

– Pas du tout! Moi mes quatrains, ils sont faits selon les règles de l'art, c'est de l'astrologie alors que "leurs" quatrains, c'est n'importe quoi, ils ont recopié des bouquins d'histoire et de géographie et ils ont mis tout ça en vers.

– Parfois cela marche. Regardez Varennes pour la fuite de Louis XVI, en 1791.

– On a dit que j'avais annoncé, dans "mes" Centuries l'exécution du Roi d'Angleterre en 1649, parce que dans un verset on parle de Sénat et de Londres.

– Mais enfin, il me semble que vos quatrains aussi, on se demande d'où ça sort. Quelle sont donc vos sources?

– Parce que vous ne connaissez rien à l'astrologie. On n'y parle pas que de planètes. On fait des pronostics.

– Quand vous dites "morts de princes", " famine", "peste", c'est de l'astrologie?

– Mais bien sûr : c'est parce qu'on a observé que par exemple quand une comète passait à tel endroit, cela provoquait ceci ou cela. C'est la Tradition!

– Au fond, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui de la statistique.

– Mais de là à donner des noms de villes ou des noms de personnages...

– Donc vous pensez que vos imitateurs en ont trop fait ?

– Ils ne devaient pas connaître grand chose à l'astrologie. Ils se sont dit : un peu plus, un peu moins, c'est du pareil au même.

– Tout à fait, vous me voyez, moi, astrologue, aller au delà de ce que la tradition m'a appris ? Lisez un manuel d'astrologie, encore aujourd'hui, cela n'a pas beaucoup changé! Maison III, les frères, maison VIII la mort, maison IX les voyages etc. Ça va pas beaucoup plus loin!

– Donc on a fait de vous un prophète!

– Question de définition! Moi quand je prophétise, je reste dans les limites de l'astrologie et puis surtout je donne des dates!

– Oui, parce que de ce côté là, le mode d'emploi des Centuries, il n'est pas vraiment clair!

– Qu'est ce que c'est que tous ces quatrains mis à la suite les uns des autres, sans compter que chaque quatrain est lui-même le plus souvent un drôle d'assemblage!

– Les quatrains de vos almanachs, eux, au moins, ils sont reliés à une année, à un mois.

– Cela n'a d'ailleurs pas empêché des commentateurs de les faire resservir pour d'autres périodes. Là aussi, il y aurait beaucoup à dire!

– Mais quelle était votre ambition, cher Monsieur de Nostradamus?

– Eh bien, c'est ça le plus drôle : je pensais avoir mis en place un système de prophéties perpétuelles qui aurait permis, même pour le XXIe siècle, de fournir des pronostics, année par année. Mais mon travail a disparu, lui que j'avais dédié à mon fils César.

– Il y a donc un sévère malentendu. On vous célèbre pour ce que vous n'avez pas fait et on ignore ce qui comptait le plus pour vous !

– Oui, somme toute, je ne suis pas mécontent de cette gloire dont mon nom est auréolé.

– Ah bon !

– Tout cela me dépasse un peu, vous le comprendrez!

– Finalement, on s'intéresse à vous, au vrai comme au faux.

– C'est une sorte d'immortalité. Et puis, tôt ou tard, on fera le tri.

– Vous voulez parler des spécialistes, des bibliographes...?

– Quoique de ce côté, il n'y ait pas que des lumières!

– Vous voulez dire qu'il y en a certains qui ne font pas leur boulot?

– Exact. Que le vulgum pecus croie ce qu'il veut passe encore, mais que les chercheurs plus ou moins patentés se laissent avoir, à 450 ou 500 ans de distance par des faussaires, c'est la honte!

– Autrement dit, vous comptez sur ces gens là pour faire le tri entre le bon grain et l'ivraie.

– J'attends celui non pas qui tirera de mes quatrains je ne sais quelle prophétie mais qui saura rendre à César ou du moins à son père ce qui est à César.

– Ce n'est peut être pas si simple, après tant de temps, de faire l'inventaire dans les règles, quand les pistes sont brouillées...

– Le passé, mon ami, est parfois plus complexe à connaître que le futur!

– Si je vous suis bien, vous ne comprenez pas vraiment comment on n'est pas encore parvenu à y voir clair dans le jeu de ceux qui se sont servi de votre nom...

– Il suffit que l'on retrouve une édition des Centuries datée de 1555 ou de 1557 et, sans plus attendre, on écrit : Nostradamus les a publiées en telle année. C'est quand même être bien naïf!

– Le problème, c'est que comme vous n'en avez pas publié, il ne peut y avoir confrontation!

– Plus c'est gros, plus ça marche!

– Il faut dire que les faussaires ont mis le paquet!:

– Peut-être mais ils ne sont pas sans se contredire les uns les autres!

– Vous l'avez remarqué?

– Les uns disent que la Centurie VII a été fabriquée

en 1560 et d'autres publient la dite Centurie VII comme étant parue dès 1557! Il faudrait savoir!

– Il n'y a pas eu concertation apparemment.

–Disons plutôt qu'il y a eu surenchère. Les premiers faussaires ne faisaient que prétendre que j'avais laissé des textes et les suivants abandonnent cette position pour carrément que cela ait eu lieu et que cela ait été grâce à ces Centuries que j'aurais été célèbre!

– Cela doit vous avoir fait retourner dans votre tombe!

– Mes adversaires ne citent jamais le moindre quatrain de la moindre Centurie : ni Antoine Couillard, ni Laurent Videl, qui pourtant étudient mon travail de près!

– Mais on mentionne certains almanachs de votre main qui reprendraient tel quatrain…

– Ce sont des faux comme cette Prognostication pour 1562 où l'on a remplacé, dans l'épître à mon ami Jean de Vauzelles, un passage que je citais par un quatrain centurique. Faut pas se gêner!

– Parce que l'on a aussi falsifié vos publications annuelles ?

– On les bel et bien trafiquées. Et je t'invente des quatrains pour la Prognostication pour 1555 alors que je n'ai jamais mis un quatrain dans une Prognostication!

– Quelle maladresse!

– Oh, mais cela n'a pas suffi à ce que d'aucuns continuent à croire dur comme fer à cette Prognostication pour 1555 qui a visiblement été inspirée de celle que j'ai publiée pour 1557. Regardez, c'est le même titre et la même vignette!

– Mais pourquoi ces faux?

– Parce que c'est toujours une bonne chose que de pouvoir montrer que ce qui est d'actualité avait été annoncé de longue date.

– On aurait donc affaire à des productions datant de plusieurs années voire plusieurs décennies après votre mort.?

– Oui, et d'ailleurs, les allusions aux événements ne laissent guère de doute, quand on connaît un peu l'Histoire de France!

– Le problème, c'est que dans ces cas là, on a beau jeu de dire que puisque vous êtes prophète, c'est normal que vous annonciez certaines choses, à l'avance !

– C'est probablement à cause de ça que la recherche critique a si longtemps piétiné!

– Et vous pensez que cela va changer?

– Je n'ai pas perdu l'espoir que l'on parvienne à débrouiller l'écheveau!

– Mais comment faudrait-il s'y prendre?

– Il faudrait déjà accepter qu'il y a des faux et que donc tout est sous bénéfice d'inventaire. Les faussaires commettent des erreurs et il faut les repérer.

– Vous voulez dire que c'est du travail bâclé!

– Prenez le cas de la Signification de l'Eclipse de 1559, c'est n'importe quoi. On a mis ensemble des textes astrologiques qui ne s'accordent pas du tout ; comme si j'avais pu publier un truc pareil !

– Mais pourquoi faire ?

– Pour me faire annoncer la mort en tournoi de ce pauvre Henri II en 1559.

– Parce que vous ne l'aviez pas vu venir ?

– Euh! Pas vraiment! Je suis médecin et astrologue et non pas voyant !

– Et ce quatrain dont tout le monde parle...

– Mais je vous l'ai dit, il n'a jamais existé de mon vivant!

– Dans ce cas, qu'est-ce qui vous a rendu célèbre?

– C'était bien avant la mort du roi que je fus invité à la Cour. Ce n'était pas tant pour ce que j'avais publié que pour mon travail de consultant, fait largement de lettres dont un recueil a d'ailleurs été conservé…

– Quel est votre bilan prévisionnel?

– On ne l'a pas apprécié à sa juste valeur parce que souvent je ne pouvais m'exprimer trop clairement.

– Certains y arrivaient tel ce Jean de Vauzelles que vous félicitiez pour sa perspicacité en 1561, dans votre Prognostication pour 1562 dont on ne connaît d'ailleurs plus que des éditions retouchées…

– Il fallait parfois lire entre les lignes.

– C'est quand même flatteur d'être imité !

– Oh, mais ils n'ont pas compris comment je procédais. C'était très artisanal, un travail d'orfèvre, fait d'une infinité de petits oracles ajustés les uns sur les autres de façon à rimer.

– Vous voulez dire qu'ils n'ont pas appliqué vos recettes?

– Probablement parce qu'ils voulaient faire de la politique et frapper les esprits d'une autre façon. C'est d'un tout autre style!

– Mais parfois, vous aussi, vous y alliez de votre couplet de courtisan, quand vous parlez dans l'almanach pour 1559 d'édifier une Henripolis, en l'honneur d'un Henri II qui va justement décéder à la fin de cette année là…

Etait-ce un mausolée que vous prévoyiez alors? Il est vrai que vous parlez beaucoup de la mort dans cet almanach dont il ne reste plus qu'une traduction anglaise qui semble en attester l'authenticité encore que l'on traduise aussi les contrefaçons!

– En tout cas mes textes sont liés à un mois bien précis d'une année bien précise, pas comme ces Centuries parfaitement intemporelles.

– Vous pensez donc que les faiseurs de Centuries n'avaient pas la fibre astrologique?

– Ce que vous semblez oublier, mon ami, c'est qu'à partir de 1560 et des Etats Généraux d'Orléans lesquels condamnaient l'astrologie, il valait mieux être prophète qu'astrologue ! Et ceci explique probablement cela.

– Vous voulez dire que vous Michel de Nostredame vous avez servi d'alibi pour que l'on puisse continuer à publier des prédictions, sous votre autorité?

– Le nom de Nostradamus était devenu un passeport voire un passe droit et c'est pour cela que l'on a fermé les yeux. Il fallait que l'inspiration descendît vers l'homme et non montât vers les cieux. Il fallait surtout que le prophète se mît à la solde du pouvoir et ne recherchât plus la vérité dans ses tables.

– L'astrologie était donc placée sous haute surveillance ?

– C'est bien pour cela qu'elle se réfugia dans les jupes de la prophétie!

– Pour en revenir à vos almanachs, vous admettrez qu'on ne les a pas oubliés.

– Allons donc, ils ont droit à un strapontin dans l'ensemble de ce qu'on appelle le canon nostradamique.

On ne trouve plus que 141 quatrains dans les éditions dites complètes ; on en a supprimés.

– En tout cas Jean Aimé de Chavigny en commente un grand nombre dans son Janus Gallicus.

– Il les commente à sa manière, comme on l'a vu, mais cela ne le gène pas d'en commenter que je n'ai jamais composés comme ceux pour 1555.

– Peut être par ignorance.

– Je crois au contraire qu'il savait très bien ce qu'il faisait et, comme d'autres, il s'est servi de mon nom pour produire des choses de son cru, tout en prétendant faire référence et être dépositaire de mon oeuvre.

– Mais aujourd'hui plus que jamais les gens ont besoin de croire au Mage de Salon. Vous êtes devenu un mythe !

– Oui, né 1500 ans après Jésus, j'ai parfois l'impression qu'on a fait de moi une nouvelle incarnation du Verbe, moi qui suis aussi d'ascendance juive !

– Vous êtes l'objet d'un culte, il y a un canon nostradamique. Il y a des pèlerinages vers Saint Rémy de Provence, votre ville de naissance, et Salon où vous avez vécu et où vous êtes décédé. Vous êtes entré dans la légende, Monsieur de Nostradamus !

– Oui, tout cela dépasse en effet ma petite personne !

– Et l'astrologie, vous pensez qu'elle a de l'avenir?

– Ah, cela m'amuse bien quand certains veulent démontrer que je connaissais, de mon temps, les planètes Uranus, Neptune ou Pluton !

– Mais vous parlez beaucoup de Neptune dans vos quatrains.

– Le Neptune qui est dans mes quatrains et dans ceux qui ont composé les Centuries, ce n'est évidemment pas celui des astronomes du XIXe siècle ! C'est un symbole, un dieu du Panthéon. Ce n'est pas comme quand il est question de Saturne rencontrant telle ou telle planète.

– En tout cas, il n'y a plus d'interdit contre l'astrologie.

– C'est vrai, l'astrologie ne semble plus avoir de compte à rendre au pouvoir mais l'astrologue n'est plus pris très au sérieux.

– Il semble d'ailleurs que les astrologues n'apprécient que modérément d'être assimilés à Nostradamus!

– Oui, les astrologues me reprochent mes prophéties et ne comprennent pas comment je travaille, et les gens qui sont sensibles aux prophéties détestent l'astrologue que je suis…

– C'est grâce à votre personnage que la prophétie n'est pas encore morte.

– Après tout, ne fait-on pas de l'or avec du plomb ?

– Vous êtes un être un peu à part, reconnaissons-le.

– Je suis inclassable, surtout tel que l'histoire m'a fait.

– Finalement, souhaitez-vous vraiment que toute la lumière soit faite sur ce que vous êtes et ce que vous avez écrit, que l'on dégage le vrai Nostradamus ?

– Peut-on effacer ce qui a mis tant de siècles à se mettre en place autour de mon nom ?

– Oui, that is the question, Monsieur de Nostredame.

– Allez en paix, mon ami!

– Ne partez pas ! Toute cette histoire de textes authentiques ou faux me laisse perplexe, mon cher Michel de Nostredame.

– Mais vous savez, mon cher ami, que tous ces textes en font sens que par  rapport à l'astrologie. Ce sont des présages qui sont associés au passage d'une planète, d'une comète, à une certaine configuration astrale.

– Vous voulez dire que les quatrains n'ont aucun intérêt si on ne les articule pas sur une réalité

astronomique?

– Oui, et le problème, c'est que pendant des siècles, on a voulu interpréter mes quatrains et ceux de mes imitateurs sans rapport avec une quelconque chronologie cosmique.

– Et cela n'a pas si mal marché que cela!

– Peut-être mais on ne peut pas faire de prévisions de cette façon.

– Dans ce cas, il me semble qu'il vaudrait mieux déjà mettre au point un système astrologique cohérent plutôt que de se mettre à prophétiser dans le vide.

– Tout à fait. On ne peut pas faire l'impasse sur l'astrologie! Il n'est pas question de prendre des versets à sa guise sans un certain cadre.

– En effet, il faut respecter un certain ordre des choses déterminé par les astres.

– Pour moi, la prophétie c'est l'étude de ce que les astres annoncent, ni plus ni moins.

– L'avantage avec l'astrologie, c'est que son fondement est l'astronomie et que l'on en triche pas avec l'astronomie.

– En effet, si l'on veut savoir où étaient les astres à telle époque, point n'est besoin d'aller consulter des chroniques, des archives plus ou moins retouchées, il suffit de refaire les calculs, en se servant d'équation.

– Avec le prophétisme, en revanche, le texte de base n'est jamais assuré et en plus on ne sait même pas sur quoi il s'appuie, d'où il sort,  ce qui en permet donc pas de le contrôler et de repérer des erreurs.

 

ANALYSE (à suivre)